Dans la presse en 2019

Dépakine : un jeune homme handicapé va toucher 1,3 million d’euros

L'Obs

Les premières indemnisations ont été versées aux victimes du médicament, mais les sommes reçues varient énormément. 

Un jeune garçon de 20 ans va toucher 1 326 721 euros d’indemnisation pour le handicap qu’il a développé après que sa mère a pris de la Dépakine lors de sa grossesse. Mais toutes les victimes du médicament ne bénéficieront pas de la même somme.1,3 million d’euros. La somme, révélée par « le Parisien », est l’une des premières versées par le fonds mis en place par l’Etat, il y a deux ans, afin d’indemniser les victimes de la Dépakine, médicament antiépileptique fabriqué par Sanofi. Le jeune qui va toucher cette somme est un « enfant Dépakine », ces bébés exposés au médicament dans le ventre de leur mère et qui ont développé des handicaps. 

C’est un soulagement pour le jeune homme et sa mère, qui se battaient depuis plus deux ans pour obtenir un dédommagement. « Bien sûr, c’est une belle somme d’argent, explique la mère au “Parisien”. Un soulagement pécuniaire. Mais ça n’enlèvera pas son handicap. »Malformation cardiaque, autisme et dépendance ont en effet été diagnostiqués chez le garçon. « Il ne pourra sûrement pas avoir d’enfant », déplore sa mère. 

Les familles sont peu satisfaites des premières indemnisations 

Le diagnostic de son autisme a été confirmé par deux centres spécialisés, des verdicts clairs qui ont permis une indemnisation si importante. Les experts de l’Oniam (Office national d’Indemnisation des Accidents médicaux), qui évaluent en ce moment 1 655 dossiers d’« enfants Dépakine », ont cependant retenu le terme « trouble du déficit de l’attention » plutôt qu’« autisme », une décision qui fait polémique chez les associations de parents. « Ils n’utilisent pas les bons mots, ça me révolte ! Ils se substituent au diagnostic des spécialistes », s’indigne la mère du jeune homme.

L’Oniam a été créée il y a deux ans afin de mettre en place un dispositif amiable, plus communément appelé « fonds d’indemnisation », permettant aux familles d’être dédommagées sans passer par les tribunaux. Mais peu de concernés reçoivent la même somme que le premier jeune homme, qui souhaite rester anonyme. Marine Martin, présidente de l’Apesac, l’association d’aide aux patients, explique : 

« Agiter un dossier à 1,3 million d’euros, c’est faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondesLes premières indemnisations sont faibles, partielles, elles peuvent être de zéro, trente ou cent mille. C’est la roulette russe. »

Des symptômes non retenus 

Les familles reprochent notamment à l’Oniam d’appliquer son propre barème pour chiffrer les préjudices, avec une grille jugée moins avantageuse pour les victimes. De même, l’Etat a validé en 2017 un protocole de diagnostic listant les symptômes provoqués par la Dépakine chez l’enfant : autisme, scoliose, infections ORL, anomalie de croissance, nez retroussé, petits reins… Or, l’Oniam ne retient que les trois premiers, au grand dam des familles. 

Sur les 1 655 demandes de réparation, 170 ont été examinées, 11 rejetées et 20 font l’objet d’une offre définitive. « Ne tirons pas de conclusions hâtives d’un dispositif qui n’a rendu que 20 avis », défend Claire Compagnon, présidente de l’Oniam. 

L’argent versé aux victimes est celui de l’Etat, Sanofi ayant refusé de payer. « A chaque indemnisation versée à la place du laboratoire, on se retournera contre lui devant les tribunaux », assure Claire Compagnon. 

En France, entre 15 300 et 30 600 bébés ont officiellement été exposés à la Dépakine dans le ventre de leur mère. 

Source : L'Obs