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Dans la presse en 2016

Dépakine : le scandale continue

Le Figaro

NFO LE FIGARO - Selon nos informations, les pharmaciens ne respecteraient pas les nouvelles règles de délivrance de l'anticonvulsif.

 

Comme si de rien n'était. Depuis le 1er janvier dernier, les pharmaciens n'ont, normalement, plus le droit de délivrer la Dépakine sur simple présentation d'une ordonnance émanant d'un généraliste.

 

L'antiépileptique est connu pour être responsable de malformations sur le fœtus quand il est pris lors d'une grossesse. Désormais, il doit avoir été prescrit par un spécialiste, comme un neurologue. Autre nouveauté du début d'année, le pharmacien doit demander à la patiente qu'elle lui présente le «formulaire d'accord de soins». Rédigé par l'Agence européenne du médicament, il a pour objectif que «les patientes qui sont en âge ou vont être en âge d'être enceintes soient pleinement informées et comprennent les risques de malformations congénitales et de troubles neurodéveloppementaux chez les enfants nés de femmes ayant pris du valproate pendant la grossesse».

Et pourtant. Selon nos informations, nombreux sont les pharmaciens qui ne respectent pas cette double obligation. Ainsi Solène, 35 ans, raconte s'être rendue la semaine dernière dans deux pharmacies du Val-d'Oise munie de la prescription de son généraliste. L'apothicaire ne lui a pas demandé le protocole et lui a délivré son anticonvulsif sans sourciller. Solène lui a alors rappelé les deux nouvelles règles. Réponse: «Oui, mais vous êtes une habituée.» Solène s'emporte: «Je pourrais être une habituée et vouloir un autre bébé!» La jeune femme n'est que trop sensibilisée à cette question: ses deux enfants ont été exposés à la Dépakine pendant la grossesse. Tous les deux ont des troubles du comportement et l'un d'eux souffre d'une malformation du rein ayant nécessité une intervention. 

«Tout part quand même des médecins!»

Autre département, même histoire. Ingrid, 39 ans, prend de la Dépakine depuis une vingtaine d'années, toujours prescrite par son généraliste. Elle n'a pas fait d'électroencéphalogramme depuis 2000 alors qu'il s'agit de l'examen clé en matière de suivi de l'épilepsie. Elle est la maman de quatre enfants venus au monde grâce à la procréation médicale assistée dans un hôpital réputé pour la stérilité, Antoine Béclère (Hauts-de-Seine). Ses jumeaux ont 6 ans. Pourtant elle n'a appris le lien entre la prise de Dépakine et l'autisme qu'en novembre dernier, par… la presse. À Béclère, on ne lui a jamais parlé des risques associés à la prise du médicament pendant la grossesse.

La semaine dernière, elle retire sans problème sa Dépakine dans une pharmacie de l'Essonne avec l'ordonnance de son généraliste. Sans qu'on lui demande de présenter le protocole signé. Même témoignages recueillis par l'asssociation Apesac en Alsace, en Auvergne, Nord-Pas-de-Calais, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Franche-Comté.

Chez les pharmaciens, cette nouvelle réglementation hérisse. «Tout part quand même des médecins! A un moment, il faudra quand même qu'ils se bougent», confie un pharmacien excédé. Un autre : «Leur liberté de prescription est intouchable, taboue. De sorte qu'ils se moquent de toute nouvelle réglementation. Mais nous, nous sommes pris en sandwich entre le patient et les médecins. Et si, faute d'ordonnance de spécialiste, nous ne délivrions pas de Dépakine, puis que la patiente faisait une crise d'épilepsie?»

Enquête préliminaire en cours

En mai dernier, l'Agence française du médicament a envoyé le fameux protocole aux médecins. Ces derniers avaient par ailleurs été informés des nouvelles règles de prescription depuis… décembre 2014. Pourquoi alors n'en tiennent-ils pas compte? Isabelle Adenot, la présidente du Conseil de l'ordre des pharmaciens, a diffusé le 1er décembre dernier une «alerte sanitaire» à toutes les officines. Elle estime que «la Dépakine est un dossier explosif, presque du même ordre que le thalidomide», cet antinausée donné aux femmes enceintes dans les années 1950 et responsables d'importantes malformations congénitales.

Une enquête préliminaire est toujours en cours au parquet de Paris. L'Inspection générale des affaires sociales, mandatée depuis fin juin, doit rendre prochainement un rapport. Il est très attendu.

Anne Jouan Source : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/02/01/24557-depakine-scandale-continue

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